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La démarche de Pierre Soemone se déploie comme une archéologie du contemporain, une attention portée à l’érosion telle qu’elle s’inscrit, discrète et continue, dans le tissu urbain. L’artiste s’attache à ces traces que l’œil disqualifie d’ordinaire au rang de rebut : inscriptions vandales, messages politiques abrasés par le temps, usures mécaniques nées du frottement incessant de la ville sur elle-même. Ces manifestations, reléguées à l’inconscience collective, cohabitent pourtant avec nous tantôt gênantes, tantôt agaçantes et composent, sans que nous y prenions garde, la texture sensible de notre quotidien. Pierre y décèle une poétique latente, un dialogue insoupçonné entre la matière et le temps.
Sa pratique s’ouvre par un geste de collecte : un arpentage méthodique des villes, mené comme un protocole d’archivage photographique où chaque trace est consignée avec la rigueur d’un inventaire. Les techniques d’altération sablage, nettoyage haute pression, gommage, ponçage, ou recouvrement (le buff) sont répertoriées au même titre que les supports qui les portent : béton, métal, plastique, verre, papier. De cette taxonomie du décapage et de l’usure, l’artiste tire une matière première : texture, transparence, empreinte, qu’il réinjecte au cœur même de sa création.
Le geste créatif, cependant, ne cherche jamais la reproduction fidèle. Il revendique une abstraction brute, où la forme s’efface au profit d’une compréhension intime du processus d’érosion plutôt que de son image. Papier, encres, bains de teinture, acide, ponceuses, karcher : la diversité des médiums installe l’accident au centre de la pratique, dans une tension permanente entre contrôle et hasard, méthode et improvisation une artisanalité assumée qui laisse la surprise infléchir le résultat final.
L’œuvre devient ainsi le lieu d’une réflexion sur la dynamique entre la ville, les vestiges de son usage. En révélant la beauté logée dans l’ordinaire, Pierre Soemone convie le regardeur à une redécouverte de l’esthétique cachée au sein de l’érosion urbaine un langage visuel singulier qui déjoue les conventions et la perception attendue.
Dans cette exploration constante des marges de l’expression plastique, son œuvre met au jour les strates complexes, souvent négligées, de notre environnement. Elle invite à une contemplation prolongée, à se laisser saisir par la texture poétique et l’histoire tenue dans chaque marque, chaque trace. Le regard de l’artiste devient ainsi un instrument de redéfinition de notre rapport au monde sensible qui nous entoure.